Tontine

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Système d'épargne et de crédit collectif et rotatif, très répandu en Afrique de l'Ouest et centrale.

Une tontine est, en Afrique francophone, un système d'épargne et de crédit collectif. Les membres d'un groupe versent régulièrement une somme fixe dans une caisse commune ; à chaque échéance, la totalité est remise à l'un d'eux, à tour de rôle, jusqu'à ce que chaque membre en ait bénéficié. Les économistes la classent parmi les associations rotatives d'épargne et de crédit (en anglais rotating savings and credit associations, ou ROSCA), une institution présente sur tous les continents1.

La pratique est particulièrement répandue en Afrique de l'Ouest et centrale, ainsi que dans les diasporas africaines. Au Bénin, le mot désigne aussi l'épargne journalière confiée à un collecteur ambulant, le « tontinier ». Reposant sur la confiance et le contrôle social plutôt que sur des garanties juridiques, la tontine reste l'un des principaux instruments financiers des ménages et des petits commerçants qui n'ont pas ou peu accès aux banques.

Étymologie

Le mot français vient du nom de Lorenzo Tonti, banquier italien du XVIIᵉ siècle, qui proposa à la monarchie française un mécanisme d'emprunt public pour renflouer les finances de Louis XIV2. Dans cette « tontine » d'origine, les souscripteurs plaçaient un capital commun dont les rentes étaient partagées entre les survivants : la part de chaque membre augmentait à mesure que les autres décédaient. En France, le terme désigne encore aujourd'hui un produit d'épargne collective régi par le Code des assurances2.

En Afrique francophone, le mot a été appliqué, à l'époque coloniale et après, aux associations d'épargne rotatives locales, qui n'ont pas de lien historique avec l'invention de Tonti. Ces pratiques portent des noms propres selon les langues et les pays : esusu ou ajo en yoruba, njangi au Cameroun anglophone, entre autres.

Fonctionnement

Réunion d'un groupe d'épargne de femmes à Man, en Côte d'IvoireRéunion d'un groupe d'épargne communautaire de femmes à Man (Côte d'Ivoire), en juillet 2013. Photo : Andrea Halverson, USAID, domaine public, via Wikimedia Commons.

La tontine rotative (ou mutuelle)

Dans sa forme la plus courante :

  • un groupe de personnes qui se connaissent (voisins, collègues, commerçants d'un même marché, membres d'une association ou d'une famille élargie) fixe le montant de la cotisation, la fréquence des versements (quotidienne, hebdomadaire, mensuelle) et l'ordre des bénéficiaires ;
  • à chaque séance, tous les membres cotisent et un membre reçoit la totalité de la somme collectée, appelée cagnotte, « main » ou « lot » selon les régions ;
  • le cycle s'achève quand chaque membre a reçu la cagnotte une fois ; un nouveau cycle peut alors commencer.

Chaque membre reçoit au total ce qu'il a versé, sans intérêt. Mais les premiers bénéficiaires obtiennent en pratique un crédit sans intérêt, qu'ils remboursent par leurs cotisations suivantes, tandis que les derniers ont épargné de façon disciplinée.

L'ordre de passage peut être tiré au sort, négocié selon les besoins de chacun (mariage, rentrée scolaire, funérailles, achat de marchandises) ou mis aux enchères : dans ce cas, le membre qui veut recevoir la cagnotte plus tôt renonce à une partie de la somme au profit des autres. Les économistes Timothy Besley, Stephen Coate et Glenn Loury ont montré en 1993 que les deux formules, tirage au sort et enchères, améliorent la situation de personnes qui n'ont pas accès au crédit, en leur permettant d'acquérir plus tôt un bien coûteux qu'en épargnant seules1.

Beaucoup de groupes se dotent d'un président, d'un trésorier et d'un règlement, parfois écrit. Certains ajoutent une caisse de solidarité pour aider les membres frappés par un décès ou une maladie.

La tontine commerciale ou « tontine journalière »

Au Bénin et au Togo, une seconde forme est très répandue : la collecte ambulante. Un collecteur, appelé tontinier ou « banquier ambulant », passe chaque jour chez ses clients, souvent des commerçantes de marché, et recueille une petite somme fixe qu'il note sur une carte. En fin de période, généralement un mois, il restitue l'épargne accumulée en conservant une rémunération, souvent l'équivalent d'une mise journalière ; le produit d'épargne-tontine conçu dans le cadre du projet G2MB retenait ainsi la première mise journalière sur 31. Dans une étude de 2018 pour le Fonds d'équipement des Nations unies (FENU/UNCDF), des chercheurs béninois rappellent que l'économiste Michel Lelart distinguait déjà en 1989 ces deux formes, la tontine mutuelle et la tontine commerciale, comme les plus répandues au Bénin3.

Selon cette étude, l'efficacité des tontiniers tient à la proximité (ils se déplacent chez le client), à la régularité qu'ils imposent, à la facilité de retrait, à la souplesse des formalités et à la petitesse des montants. Elle souligne aussi leurs faiblesses : activité informelle sans autorisation, risque de perte de l'épargne en cas de décès, de fuite ou de faillite du collecteur, et volume d'affaires limité3.

Rôle économique et social

La tontine permet de constituer rapidement un capital, que ce soit pour lancer ou développer une activité, financer un événement familial ou faire face à une dépense importante, sans passer par une banque ni fournir de garantie matérielle. Elle impose une discipline d'épargne que beaucoup de participants jugent difficile à tenir seuls.

Son ampleur est difficile à mesurer, car l'essentiel des tontines n'est enregistré nulle part. Selon la première édition du Global Findex de la Banque mondiale, publiée en 2012, 19 % des adultes d'Afrique subsaharienne, soit 48 % de ceux qui épargnaient, avaient épargné au cours des douze derniers mois par l'intermédiaire d'un groupe d'épargne ou d'une personne extérieure à la famille. Les femmes qui épargnaient étaient 32 % plus susceptibles que les hommes de recourir exclusivement à ces méthodes communautaires4.

Les études béninoises nuancent cependant leur capacité à financer l'investissement productif. Dans une enquête auprès de 1 620 ateliers d'artisans, l'économiste Simon Gnansounou observait en 1992 que les tontines couvraient seulement une partie des besoins de financement des entreprises artisanales5.

Au-delà de la finance, la tontine joue un rôle social : rencontres régulières, entraide en cas de coup dur, maintien des liens dans les quartiers et dans les diasporas. Elle repose sur la confiance et la pression sociale entre les membres, qui font office de garantie : un membre qui cesse de cotiser après avoir reçu la cagnotte risque l'exclusion et la perte de sa réputation.

Risques et limites

  • Défaut de paiement : un membre peut disparaître après avoir perçu la cagnotte, au détriment de ceux qui n'ont pas encore été servis.
  • Détournement : l'organisateur ou le collecteur peut s'enfuir avec les fonds. L'étude de l'UNCDF rapporte aussi des cas de détournement par inscription de montants erronés sur les cartes ou dans les registres3.
  • Absence de rendement : dans la tontine rotative, l'argent ne rapporte pas d'intérêt, et il perd de sa valeur en cas d'inflation.
  • Absence de recours juridique : les tontines informelles ne relèvent pas de la réglementation bancaire, et les victimes de fraude disposent de peu de moyens pour récupérer leur argent.
  • Sécurité physique : la manipulation d'espèces expose collecteurs et membres au vol.

Liens avec la microfinance

Les institutions de microfinance, appelées dans l'UEMOA systèmes financiers décentralisés (SFD), se sont inspirées des tontines et ont cherché à collaborer avec elles. Entre 2013 et 2017, le projet béninois Guichets mobiles de microfinance au Bénin (G2MB), soutenu par le programme MicroLead de l'UNCDF et la Fondation Mastercard, a recruté des tontiniers ambulants pour collecter l'épargne pour le compte d'une coopérative d'épargne et de crédit. Équipés d'une application sur téléphone mobile, ils enregistraient chaque versement en temps réel ; les clients recevaient un SMS de confirmation, et leur épargne était sécurisée par l'institution3.

Numérisation

Réunion d'un groupe d'épargne villageoisRéunion d'un groupe d'épargne communautaire dans le nord de l'Ouganda, en 2024. Ces groupes tiennent registres et caisse lors de séances régulières. Photo : Peter Data life photo, CC0, via Wikimedia Commons.

Depuis les années 2010, les tontines se numérisent, notamment grâce au Mobile Money. Des applications permettent de créer un groupe, de suivre les cotisations, d'envoyer des rappels et de verser la cagnotte directement sur le portefeuille électronique du bénéficiaire, ce qui limite la manipulation d'espèces.

Au Bénin, le projet Tonti+, piloté en 2019 avec l'UNCDF et MTN Mobile Money, visait les conducteurs de taxi-moto (zémidjans) : les membres cotisent chaque jour 500 francs CFA par Mobile Money depuis un téléphone simple, les administrateurs du groupe ne peuvent pas retirer les fonds, et une partie des cotisations alimente un fonds de garantie géré par une institution de microfinance, qui finance une couverture santé et de petits crédits6. Au Sénégal, la plateforme MaTontine propose un service comparable, complété par du microcrédit et de la micro-assurance7. Au Togo, la fintech Ollo Africa, qui développe l'application de tontine numérique Ohana Africa, a lancé en 2026 avec la banque Ecobank un « compte familial » permettant à un groupe de gérer une épargne commune depuis le téléphone ; son dirigeant souligne que l'entreprise ne crée pas une nouvelle pratique financière, mais modernise un usage existant8.

Ces outils ne font pas disparaître les tontines traditionnelles, dont la force repose sur la rencontre physique et la confiance entre membres, mais ils réduisent certains risques liés aux espèces et à la tenue des registres.

Voir aussi

Notes et références

  1. Timothy Besley, Stephen Coate et Glenn Loury, The economics of rotating savings and credit associations, American Economic Review, vol. 83, n° 4, 1993, p. 792-810, consulté le 13 octobre 2026. ↩ ↩2

  2. La finance pour tous (Institut pour l'éducation financière du public), La tontine, consulté le 13 octobre 2026. ↩ ↩2

  3. Constant Bognon, Télesphore Afouda et Afi Ehui Dogbe, Amélioration du circuit de distribution des services des IMF formelles : partenariat entre les tontiniers ambulants et les SFD, UNCDF, projet MicroLead – G2MB, juin 2018, consulté le 13 octobre 2026. ↩ ↩2 ↩3 ↩4

  4. Asli Demirgüç-Kunt et Leora Klapper, Banque mondiale, What the Global Findex database says about Africa, 18 juin 2012, consulté le 13 octobre 2026. ↩

  5. Simon C. Gnansounou, L'épargne informelle et le financement de l'entreprise productive : référence spéciale aux tontines et à l'artisanat béninois, Revue internationale P.M.E., vol. 5, n° 3-4, 1992, p. 21-47, consulté le 13 octobre 2026. ↩

  6. MIT Solve, Tonti+, 2020, consulté le 13 octobre 2026. ↩

  7. Ruben Tchounyabe, We Are Tech Africa, repris par OSIRIS, Sénégal : MaTontine sort l'épargne informelle de l'archaïsme grâce aux TIC, 4 mars 2022, consulté le 13 octobre 2026. ↩

  8. Togonews, via AllAfrica, Afrique de l'Ouest : Une tontine numérique, 28 septembre 2026, consulté le 13 octobre 2026. ↩

Voir aussi

  • Parakou — Grande ville du nord du Bénin, chef-lieu du département du Borgou et carrefour commercial.
  • AfriWiki — Encyclopédie collaborative en ligne consacrée aux entrepreneurs africains, fondée en 2026 par Camel Dagbegnon.
  • L'intelligence artificielle dans les projets de Camel Dagbegnon — Panorama des systèmes d'agents, outils génératifs et assistants IA conçus par l'entrepreneur béninois Camel Dagbegnon.
  • MyEvenements — Générateur de sites d'événements et de concours par intelligence artificielle, avec vote payant par Mobile Money.
  • Novaxis Digit — Agence numérique béninoise fondée en 2022, spécialisée dans les sites web, applications, SaaS, intelligence artificielle et automatisations.
  • Programme FUTUR — Programme béninois de formation des élèves au numérique : intelligence artificielle, développement web, cybersécurité, robotique, pilotage de drones et photographie.
  • AXÔSU — Système d'information et de gestion de l'éducation reliant écoles, enseignants, parents, élèves et administrations.
  • CamVideo — Générateur de vidéos par IA basé sur le modèle Wan 2.2, exécuté sur des processeurs graphiques à la demande.

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