Mobile Money
Service de paiement et de transfert d'argent par téléphone mobile, très répandu en Afrique subsaharienne.
Le Mobile Money (ou « argent mobile », « monnaie électronique mobile ») désigne les services qui permettent de stocker de l'argent, d'en envoyer, d'en recevoir et d'effectuer des paiements à l'aide d'un téléphone mobile, sans nécessairement détenir un compte bancaire classique. Ces services sont généralement proposés par des opérateurs de téléphonie, directement ou par l'intermédiaire de filiales financières et de banques partenaires.
Né au Kenya en 2007, le Mobile Money est devenu l'un des principaux moyens de paiement en Afrique subsaharienne. Selon l'association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA), plus de 2 000 milliards de dollars ont transité par des portefeuilles mobiles dans le monde en 20251. En Afrique de l'Ouest francophone, il est encadré par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) au titre de la réglementation sur la monnaie électronique.
Fonctionnement
Menu du service M-Pesa affiché sur un téléphone simple. La plupart des services de Mobile Money fonctionnent sans smartphone. Photo : Ivan Small, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
L'utilisateur ouvre un portefeuille électronique associé à son numéro de téléphone, après une vérification d'identité plus ou moins poussée selon le niveau de compte. Les sommes inscrites sur ce portefeuille sont de la monnaie électronique : une valeur monétaire stockée sur un support électronique, émise contre la remise de fonds et acceptée en paiement par d'autres personnes que l'émetteur.
Les opérations de base sont :
- le dépôt d'espèces (cash-in) auprès d'un agent agréé, qui crédite le portefeuille ;
- le transfert d'argent à un autre utilisateur, souvent appelé « P2P » (de personne à personne) ;
- le paiement de marchands, de factures (eau, électricité, télévision), de frais scolaires ou de services en ligne ;
- l'achat de crédit téléphonique et de forfaits internet ;
- le retrait d'espèces (cash-out) auprès d'un agent, généralement contre une commission.
La plupart des services fonctionnent sur des téléphones simples grâce aux menus USSD (codes du type *xxx#), qui ne nécessitent pas de connexion internet. Les applications pour smartphone et les paiements par code QR se sont ensuite ajoutés.
Le système repose sur un réseau d'agents : commerçants, kiosques et points de vente qui échangent espèces et monnaie électronique. L'argent correspondant aux soldes des clients est conservé sur des comptes bancaires de cantonnement, ce qui distingue le Mobile Money d'un simple crédit téléphonique.
Histoire
Le précédent kényan
Le service kényan M-Pesa (de pesa, « argent » en swahili) est généralement cité comme le premier service de Mobile Money à grande échelle. Développé par Vodafone et son affilié kényan Safaricom après une phase pilote, il a été lancé commercialement le 6 mars 2007. Fin 2016, il comptait près de 29,5 millions de clients actifs dans dix pays2. Son succès a montré qu'un réseau d'agents de proximité pouvait offrir des services de paiement à des populations éloignées des agences bancaires.
Expansion en Afrique
Le modèle s'est ensuite étendu à l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, porté par les grands groupes de télécommunications présents sur le continent. Selon le rapport annuel de la GSMA publié le 24 mars 2026, on comptait dans le monde 2,3 milliards de comptes enregistrés et 593 millions de comptes actifs sur 30 jours en 2025, la majorité des nouveaux comptes provenant d'Afrique subsaharienne. La GSMA note aussi que près de 75 % des comptes ne sont pas utilisés chaque mois1.
D'après la base de données Global Findex de la Banque mondiale, 40 % des adultes d'Afrique subsaharienne détenaient un compte de Mobile Money en 2024, contre 27 % en 20213. C'est la région du monde où l'argent mobile joue le plus grand rôle dans l'accès aux services financiers4.
En Afrique de l'Ouest francophone
Dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le Mobile Money s'est développé au cours des années 2010. Selon la BCEAO, le nombre de comptes de monnaie électronique dans l'Union est passé de 209 millions en 2023 à 248 millions en 2024 (+19 %). Au 31 décembre 2024, 69 initiatives d'émission de monnaie électronique par téléphone mobile étaient recensées, portées par 52 banques, 14 établissements de monnaie électronique, deux trésors publics et une institution de microfinance. Le nombre de points marchands acceptant la monnaie électronique a plus que doublé en un an, atteignant 3,7 millions, notamment grâce au déploiement des paiements par code QR5.
Réglementation dans l'UEMOA
Dans les huit pays de l'UEMOA, dont le Bénin, l'émission de monnaie électronique est régie par l'instruction n° 008-05-2015 de la BCEAO du 21 mai 2015. Ce texte réserve l'activité aux banques, aux établissements de monnaie électronique agréés et à certaines autres institutions, et impose des règles de protection des fonds des clients et des plafonds d'opérations. Les opérateurs de téléphonie interviennent en général par l'intermédiaire de filiales agréées comme établissements de monnaie électronique ou en partenariat avec une banque.
Par l'instruction n° 020 du 8 octobre 2026, la BCEAO a relevé le plafond du solde qu'un client peut détenir auprès d'un même émetteur de 2 à 4 millions de francs CFA, et celui des rechargements mensuels cumulés de 10 à 15 millions de francs CFA, avec une entrée en vigueur le 2 novembre 20266.
L'interopérabilité entre opérateurs et banques est un autre axe de la politique régionale. Le 30 septembre 2025, la BCEAO a officiellement lancé à Dakar la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI), qui permet des paiements instantanés, disponibles en continu, entre banques, institutions de microfinance et émetteurs de monnaie électronique des huit pays de l'Union7.
Au Bénin
Gérant d'un kiosque de Mobile Money à Douala (Cameroun). Les agents de proximité assurent les dépôts et retraits d'espèces. Photo : Minette Lontsie, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Au Bénin, le paiement mobile est apparu vers 2010, mais n'a réellement décollé qu'à partir de 20178. Trois services se partagent le marché : MTN Mobile Money (MoMo), Moov Money (anciennement Flooz) et Celtiis Cash, le service de l'opérateur Celtiis.
Selon l'Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (ARCEP Bénin), le pays comptait au 30 juin 2025 :
- 10,9 millions de comptes actifs de services financiers mobiles, et 18,4 millions de comptes dormants ;
- un taux d'activité de 37,2 % ;
- des parts de marché de 54,8 % pour MTN Mobile Money, 24,3 % pour Moov Money et 20,9 % pour Celtiis Cash ;
- environ 449 000 agents distributeurs actifs et 287 000 marchands acceptant les paiements mobiles.
Au deuxième trimestre 2025, les dépôts d'argent sur les portefeuilles ont représenté plus de 1 146 milliards de francs CFA, et les paiements marchands environ 518 milliards de francs CFA, en forte hausse sur un an9.
Le Mobile Money sert de moyen de paiement à de nombreux services numériques béninois : commerce en ligne, restauration, billetterie, votes payants lors de concours, comme sur la plateforme MyEvenements, ou encore cotisations de tontines. Des agences locales, comme Novaxis Digit, l'intègrent dans les applications qu'elles développent pour leurs clients.
Rôle économique et social
- Inclusion financière : le Mobile Money a donné accès à des services de paiement et d'épargne à des millions de personnes sans compte bancaire, notamment en zone rurale et dans le secteur informel.
- Transferts familiaux : il facilite l'envoi d'argent entre villes et villages, et entre pays, à moindre coût et sans déplacement.
- Épargne : selon le Global Findex, une part croissante des adultes d'Afrique subsaharienne épargne sur un compte de Mobile Money3.
- Commerce et entrepreneuriat : il sert d'infrastructure de paiement aux startups, aux commerçants et aux administrations (paiement de taxes, de frais d'examen, de factures).
- Emploi : le réseau d'agents représente une activité commerciale à part entière pour des centaines de milliers de personnes.
Limites et critiques
Agent proposant les services de deux opérateurs à Kampala (Ouganda). Photo : Emolot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
- Coûts : les frais de retrait et de transfert, souvent proportionnels au montant, pèsent sur les petits budgets.
- Comptes inactifs : une grande part des comptes ouverts n'est pas utilisée régulièrement, au Bénin comme dans le monde19.
- Fraude : les escroqueries par téléphone, l'usurpation d'identité et la fraude à l'échange de carte SIM (SIM swap), qui permet d'intercepter les codes de validation, figurent parmi les principaux risques. Les spécialistes recommandent un contrôle d'identité plus rigoureux lors de l'enregistrement et du remplacement des cartes SIM10.
- Dépendance à l'argent liquide : une grande partie des opérations consiste encore à déposer puis retirer des espèces, et les paiements marchands restent minoritaires dans de nombreux pays.
- Concentration du marché : un petit nombre d'opérateurs domine chaque marché national, ce qui soulève des questions de concurrence et de tarification.
Voir aussi
Notes et références
-
GSMA, Mobile Money accounted for $2 trillion in transactions in 2025, doubling since 2021 as active accounts continue to grow, 24 mars 2026, consulté le 13 octobre 2026. ↩ ↩2 ↩3
-
FAO e-Agriculture (d'après Vodafone), 10 years of M-Pesa: The world's most successful money transfer service, 11 mai 2017, consulté le 13 octobre 2026. ↩
-
Semafor, Mobile money drives up savings in sub-Saharan Africa, report says, 18 juillet 2025, consulté le 13 octobre 2026. ↩ ↩2
-
Banque mondiale, The Global Findex Database 2025, 2025, consulté le 13 octobre 2026. ↩
-
BCEAO, Rapport annuel sur les services financiers numériques dans l'UEMOA – 2024, 13 mars 2026, consulté le 13 octobre 2026. ↩
-
Financial Afrik, UMOA : la BCEAO double le plafond des avoirs en monnaie électronique à 4 millions de FCFA, 9 octobre 2026, consulté le 13 octobre 2026. Voir aussi la page de la BCEAO consacrée à l'instruction n° 020. ↩
-
BCEAO, Lancement officiel de la Plateforme interopérable du système de paiement instantané (PI-SPI), 30 septembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. ↩
-
TechCabal, Le paiement mobile gagne du terrain au Bénin, notamment grâce à MoMo de MTN, 1er novembre 2021, consulté le 13 octobre 2026. ↩
-
ARCEP Bénin, Observatoire des services financiers mobiles – Tableau de bord au 30 juin 2025, octobre 2025, consulté le 13 octobre 2026. ↩ ↩2
-
Raphaël Nkolwoudou Afane, Financial Afrik, La fraude par échange de carte SIM : une menace criante pour l'inclusion financière en Afrique, 11 décembre 2025, consulté le 13 octobre 2026. ↩
Voir aussi
- Parakou — Grande ville du nord du Bénin, chef-lieu du département du Borgou et carrefour commercial.
- AfriWiki — Encyclopédie collaborative en ligne consacrée aux entrepreneurs africains, fondée en 2026 par Camel Dagbegnon.
- L'intelligence artificielle dans les projets de Camel Dagbegnon — Panorama des systèmes d'agents, outils génératifs et assistants IA conçus par l'entrepreneur béninois Camel Dagbegnon.
- MyEvenements — Générateur de sites d'événements et de concours par intelligence artificielle, avec vote payant par Mobile Money.
- Novaxis Digit — Agence numérique béninoise fondée en 2022, spécialisée dans les sites web, applications, SaaS, intelligence artificielle et automatisations.
- Programme FUTUR — Programme béninois de formation des élèves au numérique : intelligence artificielle, développement web, cybersécurité, robotique, pilotage de drones et photographie.
- AXÔSU — Système d'information et de gestion de l'éducation reliant écoles, enseignants, parents, élèves et administrations.
- CamVideo — Générateur de vidéos par IA basé sur le modèle Wan 2.2, exécuté sur des processeurs graphiques à la demande.
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